LETTRE PATRIMONIALE – POINT MARCHÉ & OPPORTUNITÉ D’INVESTISSEMENT
Bilan des marchés d’octobre · Perspectives de fin d’année · Crise économique, oui. Crise financière, pas encore.
Bilan des marchés financiers d'octobre 2026
Les marchés actions : un mois de surplace sous haute tension
Le mois d’octobre s’est soldé par un quasi-statu quo à Paris, au terme d’un parcours très heurté. Le CAC 40 termine le 30 octobre à 7 969 points (+0,1 % sur le mois), toujours sous le seuil des 8 000 points et en repli d’environ 2,2 % depuis le 1er janvier. L’indice a d’abord souffert de la flambée des taux français et des violences survenues en marge des manifestations contre la vie chère des 17 et 18 octobre, avant de reprendre 2,4 % lors de la dernière semaine, soutenu par de bonnes publications (Sanofi, Capgemini) et par le maintien de la note de la France par Moody’s. Wall Street a connu le scénario inverse : après un record en cours de mois, le S&P 500 a reculé de 1,9 % en octobre et le Nasdaq de 6,5 %, rattrapés par des résultats décevants dans la technologie (Alphabet, Amazon, Intel).
Trois facteurs ont dominé. L’énergie d’abord : sans accord sur la réouverture du détroit d’Ormuz, le pétrole a poursuivi sa hausse, le Brent dépassant 110 dollars le baril en fin de mois. L’inflation ensuite : 3,4 % sur un an en France en octobre, après 3,1 % en septembre, et 3,8 % en zone euro en septembre. La croissance enfin : le PIB français a reculé de 0,1 % au troisième trimestre, une contraction inattendue qui ravive le spectre de la stagflation, à moins de six mois de l’élection présidentielle.
Les marchés de taux : la dette française sous surveillance
Les banques centrales ont marqué une pause. La BCE a maintenu ses taux le 29 octobre, après deux hausses cette année, avec un taux de dépôt à 2,50 %, alors que l’inflation de la zone euro, à 3,8 % en septembre, atteint près du double de sa cible. Christine Lagarde a par ailleurs annoncé son départ anticipé au 7 février 2027. Outre-Atlantique, la Fed de Kevin Warsh a laissé sa fourchette à 3,75 %-4,00 % le 28 octobre, mais deux membres ont voté pour une hausse immédiate et les marchés anticipent un nouveau relèvement le 9 décembre. Le rendement du Trésor américain à 10 ans se maintient autour de 5 %.
La dette française est restée au cœur des tensions. L’OAT à 10 ans a franchi 5 % pour atteindre 5,12 % le 22 octobre, un plus haut depuis 2002, et l’écart avec le Bund allemand a dépassé 170 points de base, du jamais vu depuis 2011 : la France emprunte désormais plus cher que l’Italie et la Grèce. Le maintien de la note Aa3 par Moody’s le 23 octobre, assortie d’une perspective négative, a offert un répit et l’OAT a terminé le mois à 4,97 %. Mais Fitch a abaissé le 30 octobre la perspective de sa note A+ à négative, en pointant une croissance plus faible et des coûts d’emprunt plus élevés. Pour l’investisseur obligataire, ces niveaux de rendement, inédits depuis plus de vingt ans, prolongent la fenêtre de portage ouverte en septembre.
Perspectives pour la fin d'année
La fin d’année s’annonce décisive. L’examen du budget 2027 se poursuit dans une Assemblée sans majorité : le gouvernement maintient un objectif de déficit de 5 % du PIB, qu’il juge « intangible », mais l’objectif de croissance de 0,5 % pour 2026 paraît désormais hors de portée, l’acquis n’étant que de +0,2 % après le recul du troisième trimestre. L’État prévoit d’emprunter un montant record de 340 milliards d’euros en 2027. Après les avertissements de Moody’s et de Fitch, S&P doit à son tour se prononcer sur la note française en novembre. Côté monétaire, la Fed se réunira le 9 décembre et la BCE le 17 décembre, avec de nouvelles projections. Enfin, l’Insee publiera le 13 novembre le chiffre définitif de l’inflation d’octobre.
Sur les marchés actions, nous restons prudents. La stabilité apparente de la Bourse de Paris en octobre masque une forte volatilité, et l’environnement reste peu porteur pour les actions européennes : taux longs élevés qui pèsent sur les valorisations, croissance en recul, moral des ménages au plus bas depuis 2013 et climat social tendu. Aux États-Unis, le décrochage des valeurs technologiques en fin de mois rappelle combien la résistance des indices dépend d’une poignée de titres aux valorisations exigeantes, alors que la Fed n’exclut pas un nouveau tour de vis.
Cette analyse renforce notre conviction en faveur d’une réallocation partielle vers des actifs obligataires offrant de la visibilité. Avec une OAT à 10 ans autour de 5 %, et alors que le risque géopolitique reste élevé au Moyen-Orient, plusieurs facteurs militent pour sécuriser une partie des gains et figer des rendements aujourd’hui particulièrement attractifs :
Points de vigilance pour la fin d’année
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CRISE ÉCONOMIQUE, OUI. CRISE FINANCIÈRE, PAS ENCORE.
La conjoncture : aux portes de la stagflation
Depuis janvier, l’économie française fait du sur-place pendant que les prix repartent à la hausse. Nous pouvons parler de crise économique, et nous sommes aux portes de la stagflation. La crise financière, elle, n’est pas là : tant que la France conserve la confiance de ceux qui lui prêtent.
Pourquoi parler de crise économique
Trois trimestres sans croissance, une production industrielle en repli, un investissement en baisse pour le troisième trimestre d’affilée et un moral des ménages au plus bas depuis 2013. L’activité ne crée plus de richesse, pendant que le coût de la vie s’alourdit.
Pourquoi pas (encore) de crise financière
Une crise financière commence quand les prêteurs doutent : ils exigent des taux punitifs, puis cessent de prêter. La France paie plus cher, mais trouve toujours preneur à chaque émission. La consommation tient (+0,4 % au 3e trimestre) et l’inflation hors énergie reste modérée.
Comprendre : la stagflation, expliquée simplement
Le mot assemble stagnation et inflation. Imaginez un salaire qui n’augmente plus pendant que le plein, le chauffage et les courses, eux, continuent de grimper : c’est la stagflation vécue à l’échelle d’un ménage.
1 · L’économie cale. Les entreprises produisent et investissent moins, l’emploi ralentit, les revenus progressent peu.
2 · Les prix montent. Souvent à cause d’un choc extérieur, comme l’énergie aujourd’hui. Chaque euro achète un peu moins chaque mois.
3 · Les remèdes s’opposent. Monter les taux freine les prix mais étouffe la croissance ; les baisser fait l’inverse. Les banques centrales sont prises en étau.
Mise en perspective : toutes les crises ne se ressemblent pas
Choc pétrolier, krach bancaire, défiance envers les États, poussée d’inflation : depuis cinquante ans, l’économie française a connu des crises de natures très différentes. Les situer aide à lire la période actuelle.
Retour sur la dernière stagflation : les années 1970
En octobre 1973, l’embargo pétrolier quadruple le prix du baril. En France, la croissance des Trente Glorieuses s’interrompt, le chômage s’installe et l’inflation dépasse 10 % plusieurs années de suite. Le second choc pétrolier de 1979 relance la spirale prix-salaires.
La sortie passera par un remède douloureux : aux États-Unis, la Réserve fédérale porte ses taux près de 20 % au début des années 1980, au prix d’une récession. En France, il faudra le tournant de la rigueur de 1983 et la fin de l’indexation des salaires sur les prix.
Pour les épargnants, la leçon fut sévère : l’épargne liquide et les placements à taux fixe ont perdu du pouvoir d’achat année après année.
Ce qui est plus rassurant qu’en 1974
L’inflation reste concentrée sur l’énergie, les salaires ne sont plus indexés automatiquement sur les prix et la BCE est indépendante, avec une cible claire. La spirale prix-salaires n’est pas enclenchée.
Ce qui est plus fragile
L’État n’a plus les marges des années 1970 : une dette six fois plus lourde, des déficits persistants et une charge d’intérêts qui grimpe. C’est là que se joue le risque d’une crise financière.
Dette et crédibilité : ce n'est pas tant le niveau des taux qui compte
En 1990, la France empruntait à près de 10 % sans que personne ne parle de crise. Aujourd’hui, elle emprunte autour de 5 %, et l’inquiétude monte. La différence ? L’écart avec ses voisins, ce supplément que les investisseurs exigent pour lui prêter : le spread, véritable thermomètre de la confiance. Ce n’est pas tant le niveau des taux qui compte que la crédibilité de l’emprunteur.
Les besoins de financement de la France et le mur des échéances
En milliards d’euros
Pourquoi la crédibilité est décisive
Chaque année, la France doit trouver plus de 300 milliards d’euros auprès des investisseurs, dont plus de la moitié pour rembourser des emprunts passés. Tant qu’ils ont confiance, elle se refinance, même plus cher. Le jour où ils doutent, le problème n’est plus le prix : c’est l’accès au financement. C’est ce basculement qui transformerait la crise économique en crise financière. La trajectoire du budget 2027 et le verdict des agences de notation seront décisifs dans les mois qui viennent.
Ce que nous en retenons pour votre patrimoine
Garder une épargne de précaution, mais pas davantage : au-delà, l’inflation grignote le capital. Donner un horizon et un objectif à chaque placement. Et surtout, ne pas céder à la précipitation ni aux promesses complexes : en période d’incertitude, la simplicité et la liquidité protègent.
Sources : BNP Paribas Economic Research et presse financière (taux du 23/10/2026) ; PLF 2027, tableau de financement de l’État ; FMI, Article IV de juillet 2026 (échéances). Grèce : relevés partiels. 2026 : déficit estimé. Ce document ne constitue pas un conseil personnalisé.
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