La LFSS 2025 modifie en profondeur la protection sociale du dirigeant
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025 a été promulguée le 28 février 2025 (Loi n° 2025-199). Elle contient plusieurs mesures qui impactent directement la protection sociale des dirigeants et travailleurs non-salariés sans que ces évolutions aient été largement relayées auprès des principaux concernés.
Résultat : beaucoup de dirigeants ignorent que leur indemnisation en cas d’arrêt maladie a déjà été réduite, ou que leur mode de calcul de cotisations est en train d’être réformé en profondeur pour 2026.
Ce que vous devez savoir, point par point.
1. Arrêt maladie : le plafond des indemnités journalières a baissé depuis le 1er avril 2025
C’est la mesure la plus immédiate et la moins connue des dirigeants.
Depuis le 1er avril 2025, le plafond de revenu pris en compte pour calculer les indemnités journalières de la Sécurité sociale a été abaissé de 1,8 SMIC à 1,4 SMIC (Décret n° 2025-160 du 20 février 2025, publié au Journal Officiel).
L’indemnité maximale versée par la Sécurité sociale en cas d’arrêt maladie est passée de 53,31 € bruts à 41,47 € bruts par jour, soit une baisse de plus de 20 %. Cette mesure s’applique à tous les arrêts de travail débutant à partir du 1er avril 2025.
Ce que cela signifie concrètement pour un dirigeant assimilé salarié (président de SAS, gérant minoritaire) : si votre rémunération dépasse 2 522 € bruts par mois, votre indemnisation est désormais plafonnée à 41,47 € bruts par jour, quelle que soit votre rémunération réelle. Pour un dirigeant rémunéré à 4 000 ou 5 000 € par mois, le taux de remplacement effectif devient très faible, bien en dessous des 50 % théoriques.
Pour les TNS (gérants majoritaires, entrepreneurs individuels) : la situation était déjà structurellement plus contrainte. Les indemnités journalières sont calculées sur 1/730e du revenu annuel moyen des 3 années précédant l’arrêt, dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale (47 100 € en 2025). Le plafond d’indemnisation ne dépasse pas 63,52 € bruts par jour, soit moins de 1 920 € par mois, quelle que soit votre rémunération réelle.
À retenir : dans les deux cas, le régime obligatoire ne couvre au mieux que 50 % de la rémunération habituelle du dirigeant, et cette proportion recule encore depuis avril 2025.
2. Réforme de l'assiette des cotisations TNS : ce qui entre en vigueur en 2026
Derrière ce terme technique se cache une réforme structurelle importante pour tous les travailleurs non-salariés, initiée par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024 et dont les effets concrets arrivent maintenant.
Le problème que la réforme corrige
Jusqu’à présent, les cotisations sociales des TNS étaient calculées sur deux bases distinctes : une pour les cotisations créatrices de droits (maladie, retraite), une autre pour la CSG/CRDS. Cette dualité pénalisait les indépendants, qui versaient proportionnellement davantage de contributions non créatrices de droits que les salariés.
Ce qui change
La réforme instaure une assiette unique et simplifiée pour le calcul de toutes les cotisations et contributions sociales. La nouvelle formule : Rémunération + Cotisations sociales – Abattement de 26 %.
Les taux ont été ajustés pour que la réforme reste globalement neutre financièrement : le taux de cotisation maladie/maternité passe à 8,5 % pour la fraction de revenu inférieure à 3 PASS, la cotisation retraite est revue légèrement à la hausse, tandis que la CSG/CRDS diminue pour compenser.
Le calendrier à connaître absolument
C’est là que beaucoup de dirigeants risquent d’être pris de court. La réforme est applicable aux cotisations dues à compter du 1er janvier 2026, avec une première régularisation effective en avril 2026 lors de la déclaration des revenus 2025.
Autrement dit : en 2025, l’URSSAF a continué d’appeler les cotisations sur l’ancienne base. La régularisation 2025 appliquera rétroactivement les nouveaux taux et la nouvelle assiette. La surprise, bonne ou mauvaise selon votre niveau de revenus, peut arriver au printemps 2026.
Ce que cela change pour votre protection sociale
Au-delà du calcul des cotisations, cette réforme améliore la part des cotisations créatrices de droits. Conséquence directe : une meilleure couverture maladie et de meilleures perspectives de retraite pour les TNS, à cotisations globalement stables. C’est le bénéfice concret que la réforme apporte, souvent oublié derrière la complexité technique.
3. Ce que ces deux évolutions révèlent sur votre niveau de protection réel
Pris ensemble, ces changements envoient un signal clair : le régime obligatoire réduit structurellement son niveau de couverture pour les dirigeants, au moment même où les contraintes économiques s’alourdissent.
Après 61 000 pertes d’emploi chez les chefs d’entreprise en 2024, près de 30 000 dirigeants avaient déjà cessé leur activité au premier semestre 2025, soit 170 par jour. Dans ce contexte, un dirigeant qui compterait uniquement sur son régime obligatoire en cas d’arrêt prolongé se retrouverait avec une indemnisation largement insuffisante pour couvrir ses charges personnelles et incapable d’assurer la continuité de son activité.
4. Quelles sont les pistes concrètes pour renforcer sa protection ?
Face à ces évolutions, plusieurs leviers existent. Ils sont à adapter impérativement selon votre statut, votre rémunération et la structure de votre entreprise.
La prévoyance complémentaire permet de compléter les indemnités journalières du régime obligatoire, de couvrir les charges fixes professionnelles pendant une absence, et de protéger vos proches en cas d’invalidité ou de décès. C’est le premier filet de sécurité à mettre en place avant même d’envisager d’autres optimisations.
Les contrats Madelin (pour les TNS) permettent de déduire les cotisations de prévoyance, de mutuelle et de retraite complémentaire du revenu imposable. Un levier fiscal à ne pas négliger, d’autant plus pertinent dans le contexte de la réforme de l’assiette : avec la nouvelle base de calcul, le niveau de vos garanties Madelin mérite d’être réexaminé.
Un audit de votre couverture actuelle est la première étape. Les récentes évolutions réglementaires peuvent avoir créé des angles morts dans votre protection sans que vous en ayez conscience. Découvrez comment nos conseillers accompagnent les dirigeants de TPE/PME sur ce sujet.
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